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Le pont Saint-Pierre est construit au XIVè siècle afin de relier le quartier du château et l’ilot saint-Jean et de passer au dessus de l’Odon. Son premier nom est pont du Darnétal à l’instar de l’église près de laquelle il est situé : saint-Pierre du Darnétal (appelée communément église saint-Pierre). La première trace écrite de l’existence du pont remonte au siège de 1346. Il supportait alors le châtelet, l’équivalent de l’hôtel de ville jusqu’en 1755. Depuis, le pont est habité. Sur ce plan daté de 1705, il apparaît au centre de la ville, à l’indication « maison de ville ».

Plan Caen 1705

Plan de Caen en 1705

Sous le Second Empire, le maire de la ville – François-Gabriel Bertrand, décide de couvrir l’Odon qui passe sous le pont. Celui-ci veut – à l’image du baron Haussmann à Paris – s’attaquer aux problèmes d’hygiène. Première mesure, la canalisation de la rigole alimentaire. Cette rigole – autrement appelée la Noë – se sépare de l’Orne avant la prairie, la traverse, longe la place de la préfecture, le théâtre, les rues de Bernières, des Sables et des petits murs (voir le plan ci-dessus). Cette canalisation entraîne la destruction du pont saint-Pierre. Les travaux débutent en mars 1860. Le 16 de ce mois, le préfet du Calvados prend un arrêté pour la destruction du pont : »les détenteurs, les locataires et autres particuliers qui occupent à quelque titre que ce soit les maisons et magasins bordant le pont saint-Pierre et dépendant du domaine public, sont sommés de sortir de ces bâtiments et d’enlever tous leurs meubles et marchandises avant le 25 juin 1860« . A partir du 17 avril 1860, les eaux de la Noë sont détournées en amont du pont. Finalement, le délai est repoussé au 25 août car les travaux ne peuvent commencer avant le 26 août. Cet avis d’expulsion est diversement apprécié des riverains, notamment des commerçants. L’un deux, qui tient une boutique de lingerie, affiche sur sa devanture l’inscription : « Vente au grand rabais pour cause de prochaine destruction » comme le remarque le journal l’Ordre et la Liberté du 7 avril 1860. D’autres habitants refusent de quitter le pont et le conseil municipal autorise le maire à traiter avec eux pour l’obtention de leur habitat. Les maisons acquises sont détruites après la publication d’un arrêté municipal le 30 novembre 1860. A partir du 3 décembre de la même année, la circulation est provisoirement interdite sur le pont. Toutefois, les travaux prennent du retard car plusieurs habitants refusent de quitter leur habitation.

En mai 1861, le maire est obligé d’utiliser la justice pour faire expulser les derniers récalcitrants. L’un d’eux, M. Guérard Deslauriers est celui qui se défend le plus. Il habite la maison de l’ancien horloger de la ville qui était située dans le châtelet et veut être bien indemnisé pour la perte de son mobilier commercial. Il s’attaque alors à la municipalité par voie de presse dans l’édition du 13 juin 1860 de l’Ordre et la Liberté. A son tour, la municipalité répond dans le même journal le 20 juillet. Le salut de la mairie vient du ministre des Travaux Publics qui dans une lettre du 9 août 1861 ordonne à l’ingénieur en chef des travaux de procéder à la démolition de la maison mise en cause. Les travaux débutent réellement qu’au dernier trimestre de l’année 1861 et se terminent en 1863. Finalement, la ville et l’intéressé arrive à une transaction…en juillet 1865 !

L’affaire a des prolongements politiques aux élections municipales de 1865. M. Guérard Deslauriers est présent sur liste d’opposition au maire François-Gabriel Bertrand mais il n’arrive pas à se faire élire au conseil municipal.

Rue des Petits Murs

Rue des Petits Murs avec au fond le pont saint Pierre

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