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En septembre 1935, les Croix de feu organisent une célébration de la victoire de la Marne. Les sections du Calvados de l’organisation (notamment Caen, Bayeux et Aunay sur Odon) se donnent rendez-vous à Caen le 21 septembre pour se rendre dans les régions de Senlis et Meaux. Le mouvement est assez fort dans la région et ses partisans s’entassent dans près de 159 véhicules. Des militants antifascistes caennais tentent de s’organiser pour faire obstacle à ce départ groupé. Dans l’après midi du samedi 20 septembre, des tracts sont distribués dans certains quartiers de Caen et à Mondeville et Giberville signés du « front populaire » :

Alerte ! Nous apprenons que des Croix de feu s’organisent pour demain dimanche un rassemblement en région parisienne. La République doit être libérée de ce péril. Travailleurs, tenez vous prêts à répondre au mot d’ordre de nos organisations.

Par ailleurs, un mystérieux militant se rend à la Poste Gambetta pour télégraphier un message dans une commune de l’Eure « demandant au destinataire d’organiser quelque chose pour gêner ou empêcher le passage de la caravane« . La teneur du message intrigue le préposé des PTT qui en avise son supérieur. Celui-ci le transmet directement à la préfecture. L’information parvient aux oreilles des responsables des Croix de feu et Volontaires nationaux qui décident de ne pas différer leur heure de départ et de passer coûte que coûte. Le convoi part dans la nuit du 21 au 22 septembre par la route de Paris. Après deux kilomètres à partir de la demi-lune, le convoi arrive non loin du pont du chemin de fer minier. Les Croix de feu tombent sur une embuscade tendue par une douzaine de personnes dont deux femmes. Ces militants antifascistes lancent des pierres, des moellons sur les véhicules des croix de feu, les obligeant à ralentir. Des coups de feu retentissent. Le convoi continue sa route mais sa longueur fait que plusieurs dizaines de véhicules sont touchés. Le bilan fait état de 25 à 30 personnes blessées légèrement. Les propriétaires des véhicules déposent plainte.

Dès le lendemain de l’embuscade, la justice se saisit de l’affaire. Le colonel de la Rocque, chef des Croix de feu, vient à Caen le 28 septembre pour visiter les blessés dont le secrétaire départemental qui a été le plus sérieusement touché. Les premières interpellations quelques jours après. La première personne visée est un représentant en parfumerie, M. Orain, qui est le secrétaire du comité antifasciste de Caen et membre du PCF. Il reconnait devant le juge qu’il a harangué la foule lors d’un bal qui se tenait à Mondeville non loin de la route de Paris. D’autres arrestations se déroulent début octobre dont un conseiller municipal de Mondeville, M. Maurice. Face à ces arrestations, le « front populaire » organise des réunions de protestation. Le 12 octobre, une réunion importante se déroule à Mondeville sous l’égide du maire où les participants déclarent : « qu’ils mèneront l’agitation nécessaire pour imposer la libération prochaine de Maurice  et Orain auxquels ils renouvellent l’expression de leur solidarité« . Le magistrat instructeur inculpe au final douze personnes qui sont convoquées devant le tribunal correctionnel de Caen le 3 décembre 1935.

Le procès est placé sous protection, il faut montrer patte blanche pour rentrer dans l’enceinte du tribunal. Lors des débats, on apprend que dix-huit Croix de feu ont été blessées dont seulement onze se sont fait connaître et huit ont pu donné un certificat médical. Ces Croix de feu s’étaient réparties dans 159 voitures déclinées dans des groupes d’une vingtaine de véhicules. Le secrétaire du PCF de Caen est convoqué afin d’expliquer pourquoi le samedi précédant l’embuscade, il avait envoyé trois télégrammes. Celui-ci répond qu’il voulait sauver la République et qu’il avait quitté Caen pour rejoindre la capitale. Plusieurs des inculpés participaient à une tombola à Mondeville quand ils ont été harangué par Orain qui est alors désigné comme l’instigateur de l’embuscade. Les avocats des Croix de feu réclament un franc symbolique de dommages et intérêts mais des peines sévères à l’encontre d’Orain et Jean. Le procureur de la République requiert deux à cinq ans de prison pour les deux leaders et des peines légères pour les autres participants. Le jugement est mis en délibéré pour le 12 décembre.

Lors du délibéré, seul un accusé est présent. Les deux principaux leaders écopent de deux ans de prison ferme (Orain) à 18 mois (Maurice). Les autres accusés sont condamnés d’un an à trois mois de prison ferme pour les peines les plus lourdes et de quatre à deux mois de prison avec sursis pour les peines les plus légères. Le seul accusé présent lors du délibéré est relaxé au bénéfice du doute. Immédiatement après le prononcé du jugement, les avocats des accusés font appel.

Le procès en appel se déroule le 3 mars 1936 dans un contexte où les Croix de feu sont sur la sellette. 9 accusés se sont pourvus en appel. Comme lors du premier procès, Orain et Maurice sont les principales cibles des avocats des parties civiles et de l’avocat général. Orain nie avoir été présent sur les lieux tandis que Maurice affirme que les projectiles ont été lancés après les coups de feu provenant du cortège des Croix de feu. L’un des avocats de la défense estime que les accusés « ne sont pas les auteurs certains de l’agression de Mondeville et que celle ci doit être considérée comme un geste spontané de défenseurs du régime républicain« . L’avocat général plaide pour de la prison ferme pour quatre des accusés dont les deux leaders. Pour les autres, il demande du sursis ou la relaxe. La cour d’appel met sa décision en délibéré. La peine d’Orain (deux ans) est confirmée, celle de Maurice est réduite de dix-huit à douze mois ferme. Les deux autres principaux accusés voient leurs peines réduite (six mois au lieu d’un an et quatre mois au lieu de six). Les autres peines (ferme et sursis) sont confirmées.

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