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Cet homme a été maire de Caen du 19 août 1848 au 8 août 1870 soit 22 ans et il a donc considérablement marqué la cité bas normande.

François Gabriel BERTRAND est né le 15 décembre 1797 à Valognes. Il commence sa carrière d’enseignant à Valognes. Parallèlement, il est le bibliothécaire de la ville. Il rejoint Caen le 13 décembre 1826, appelé à la chaire de troisième du collège royal1. Le 25 septembre 1827, il est nommé à la chaire de rhétorique. Il s’engage alors vers des études plus poussées et se présente à l’agrégation de lettres en septembre 1828. Il est reçu premier à cet examen et commence donc des études supérieures. Il présente sa thèse le 5 juillet 1829 devant un auditoire notamment composé du savant André-Marie AMPERE ; il est reçu comme docteur ès lettres. Sa thèse latine était un plaidoyer contre l’absurde et barbare préjugé du duel et sa thèse française s’intitulait « Du goût et de la beauté considéré dans les productions de la nature et des arts ». Il est nommé professeur adjoint de littérature grecque, chaire nouvellement créée, le 16 janvier 1830. Un an après, le 7 mai 1831, il en devient le titulaire2. Le 28 janvier 1832, il entre au conseil académique où, dit on, il prend goût aux activités administratives. Ses nouvelles responsabilités l’obligent à faire des choix et c’est pourquoi il se retire de la chaise de rhétorique au collège royal en 1834 pour se consacrer à celle de grecque à l’université3. C’est aussi cette accumulation de responsabilités qui lui permet d’être nommé doyen de la faculté des lettres le 6 juillet 1840. Entre temps, il devient président de l’Académie des sciences, arts et belles lettres de Caen4. En 1831, il épouse la veuve de l’ancien député à la convention BERTRAND DE CHOSDIESNIERE, elle est de 16 ans son aînée. Ils résident dans son domaine de 1 100 hectares de Bellou en Houlme dans la région de Domfront. C’est de ce mariage que viendra la majeure partie de la fortune de BERTRAND. Ils payaient alors 1 000 à 1 200 francs de contributions directes5 .

Le début de sa carrière politique

Sa carrière politique ne commence que le 22 avril 1838 lorsqu’il se présente devant les électeurs du canton de la Ferté-Maçé. Au premier tour, il arrive en tête mais un subtil report de voix l’empêche de siéger au conseil général de l’Orne. Le 1er juillet 1841, il entre pour la première fois au conseil municipal de Caen. Il ne le quittera plus pour près de 29 ans. Il est alors un opposant libéral. Il se représente aux électeurs de l’Orne le 30 juin 1842 dans l’arrondissement de Domfront. Il demande alors une réforme parlementaire et « se déclare le champion des institutions constitutionnelles »6. Mais malgré ces velléités d’indépendance, il doit accepter d’être le candidat « officiel » du préfet mais « il fallut que l’administration acceptât les conditions du candidat qui voulait voir dans la préférence à lui accordée sur ses concurrents la récompense de ses services publics »7.

Son élection à la mairie de Caen

L’élection municipale de 1848 est assez rocambolesque puisque que quelques mois après leurs élections, le maire et ses adjoints démissionnent prétextant être en minorité. Les commissaires délégués par le gouvernement provisoire de la Deuxième République, Auguste MARIE et BONNESOEUR, nomment, le 29 février, François DURAND, maire de Caen, avec pour adjoints AMELINE, DES ESSARTS et PAISANT suivant ainsi la logique des élections du 24 février 18488. Ce même jour, l’ancienne équipe démissionne : Auguste DONNET, Charles GERVAIS, Louis BRARD SURIRAY. DURAND est élu à la députation le 29 avril 1848 et ne peut donc assurer toutes ses fonctions, DES ESSARTS démissionne le 20 mai et il est remplacé par FOURNEAUX. AMELINE prend la tête de la commission municipale le 19 juin 1848.

De nouvelles élections sont convoquées après les événements de juin. Elles ont lieu le samedi 29 juillet. BERTRAND arrive en deuxième position avec 4 949 suffrages sur les 5 169 votants. Douze nouveaux conseillers font leur apparition au sein du conseil et ils sont tous conservateurs. AMELINE et FOURNEAUX n’arrivent pas à avoir une majorité car, qui plus est, les légitimistes et les conservateurs forment une coalition. Dans une lettre du ministre de l’Intérieur, datée du 11 août 1848, à l’intention du préfet du Calvados, celui-ci donne le pouvoir au préfet pour qu’il offre : « la mairie et les places d’adjoints aux premiers des conseillers élus, nonobstant leurs antécédents politiques, afin de rendre les électeurs solidaires en quelque sorte de l’administration de leurs mandataires et de donner à votre administration ou des collaborateurs avec elle d’intention et de volonté, ou des adversaires qu’elle puisse combattre de front…Parmi les hommes qui montrent peu de sympathies pour le gouvernement…ceux là doivent être exclus des fonctions publiques ». Le 13 août, le préfet propose au ministre la nomination de BERTRAND comme maire avec pour adjoints les « citoyens » THOMINE-DESMASURES, BRARD SURIRAY et LAHAYE. Bien qu’élu sur la liste d’AMELINE et de FOURNEAUX9, BERTRAND accepte la fonction de maire. Le préfet de l’époque le juge « capable » et le considère comme un « républicain modéré »10. Après sa nomination par un décret du 19 août, ainsi que celles de ses adjoints Louis BRARD SURIRAY11, Luc François GUILLARD (préféré finalement à THOMINE-DESMASURES) et Paul LAHAYE, François Gabriel BERTRAND entreprend une grande politique de construction et d’urbanisme, il est à l’origine des premiers boulevards de Caen. Gabriel Désert dit de lui qu’il : « veut rajeunir la cité, les ruelles obscures et les quartiers sans lumière et sans eau »12. Il devient alors chevalier de la légion d’honneur le 11 décembre 1849.

Malgré son « républicanisme » modéré, BERTRAND a réussi à entretenir de solides amitiés avec les légitimistes mais aussi avec des orléanistes. Il est par exemple très proche de CHABLE DE LA HERONNIERE, le rédacteur de L’Ordre et la Liberté, l’organe des légitimistes du Calvados. Il est aussi ami avec Abel VAUTIER, le très influent député de la première circonscription du Calvados et président de la chambre de commerce de la ville. Ces amitiés très variées expliquent le fait que BERTRAND a eu pour adjoint aussi bien des conservateurs acquis à l’Empire que des légitimistes ou des libéraux. Il a visiblement toujours privilégié la personne sur ses opinions13. Il préférait une personne en phase avec ses idées même si cette personne n’était du même bord politique. D’ailleurs il est très difficile de situer politiquement BERTRAND. Il commence sa carrière comme un opposant libéral sous la monarchie de Juillet puis se rallie à la République en 1848. Le dernier changement de régime ne l’a pas visiblement effrayé et il a préféré s’y rallier, par opportunisme, plutôt que de perdre son fauteuil de maire de Caen. Cette ambiguïté se dédouble aussi d’un point de vue « géographique ». En effet, au niveau local, il se montre fidèle au gouvernement mais dès son élection comme député, celui ci se range derrière les opposants au sein du Thiers Parti. Mais il faut tempérer cette opposition puisque celle ci ne s’effectuera que par des votes en faveur de proposition faîtes par les « vrais républicains ». Il ne prendra qu’une fois la parole à l’assemblée à l’occasion d’un débat budgétaire !

1Le nom à l’époque du lycée Malherbe

2 Son titulaire y renonce pour protester contre le nouveau régime de la monarchie de Juillet

3 il en démissionnera en 1863 car cette fonction était incompatible avec celle de député. Il sera alors nommé professeur honoraire par un décret impérial du 29 novembre 1863. Il deviendra aussi doyen honoraire par une décision ministérielle du 3 décembre suivant

4 il occupera ce poste de nouveau en 1873 peu de temps avant sa mort

5 TRAVERS Julien, Biographie de François Gabriel BERTRAND in Mémoires, Académie des sciences, arts et belles lettres de Caen, 1876, page 120

6 TRAVERS Julien, op. cite, page 121

7 TRAVERS Julien, op. cite, page 122

8 qui ont amené une majorité de suffrage sur les candidats AMELINE et FOURNEAUX qui se présentaient sur la liste « Association Républicaine »

9 qui démissionnent officiellement par une lettre du 24 août

10 A.D 3 M 631 : élections municipales Caen 1851-1854

11 adjoint au maire de Caen depuis le 17 septembre 1846

12 Gabriel Désert, Histoire de Caen, Toulouse, Privat, 1981, 338 pages, page 229

13 « Dès l’abord, il sut par son esprit de conciliation, sa fermeté et son vrai patriotisme, attirer à son administration la confiance et l’appui des hommes de bien de tous les partis, et conserver, par là surtout, dans des temps difficiles, la tranquillité au sein de la ville » Notice sur BERTRAND, Panthéon de la légion d’honneur, Paris, 1867, 4 pages

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