Le coup d’État du 2 décembre 1851 à Caen

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En 1848, Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la deuxième République. La constitution ne lui permet pas de briguer un second mandat. C’est ainsi qu’il fomente avec l’aide de quelques précieux alliés – dont son demi-frère le duc de Morny et le ministre de l’intérieur Persigny – un coup d’État. Les premiers préparatifs ont lieu au mois d’août mais ils s’accélèrent à l’automne suivant. Le 2 décembre, par un décret suspendant le corps législatif (l’assemblée nationale de l’époque) et rétabli le suffrage universel. Le corps législatif est occupé par les militaires. Comment ont réagi les Caennais ? Nous disposons pour répondre à cette question des rapports du commissaire central ainsi que les dépêches envoyées par le préfet au ministre de l’Intérieur.

Les premières personnes informées sur Caen sont les militaires alors qu’un certain nombre d’entre eux se trouvent au théâtre municipal. Ils sont rappelés dans leur caserne sur les coups de 22h en pleine représentation. Les autres spectateurs pensent d’abord à un incendie car les militaires sont régulièrement appelés en renfort lors d’importants sinistres. Les autorités de la ville se réunissent à minuit dans le cabinet du maire à l’hôtel de ville (situé alors place de la République). Y sont présents le préfet, le maire, ses adjoints, l’État major de la division militaire, le colonel commandant la gendarmerie et le procureur de la République. Ils sont tous mis au courant de la situation parisienne par le préfet. A minuit quinze, le préfet est prévenu que le capitaine des sapeurs-pompiers, connu pour ses sympathies socialistes, est aperçu en ville, se rendant de maison en maison pour mettre au courant les principaux leaders socialistes. Le 3 décembre au matin, dès six heures, plusieurs petits groupes se rassemblent aux abords de la place de la Liberté (nom de la place de la République depuis 1848) ; ils attendent tous l’arrivée de la « malle » en provenance de Paris qui arrive au relais postal. Pour éviter le chahut à l’arrivée de la diligence, le préfet fait fermer les rues adjacentes à l’hôtel de ville pour lui permettre d’arriver. Une fois le courrier distribué (il manque certains journaux qui ont été empêchés de paraître à Paris), les petits groupes se répandent dans la ville – notamment dans les cafés – afin de lire les lettres personnelles et les quelques journaux qui ont réussi à passer. Le préfet fait porter à l’un des responsables socialiste, Barthélémy Pont (rédacteur en autre du Haro), une lettre l’enjoignant à rester chez lui et de ne pas organiser de rassemblement pouvant troubler l’ordre public. Globalement, la journée du 3 décembre est calme sur Caen comme le note le préfet dans sa dépêche :  » chez la plupart des habitants, le décret du 2 décembre avait fait naître un sentiment de satisfaction mêlé de crainte, car on croyait à une révolte à Paris« .

Le jeudi 4 décembre au matin, un nouveau rassemblement spontané se forme aux abords de la mairie mais les militaires veillent au grain et le disperse sans résistance. Afin d’empêcher la divulgation d’informations défavorables au régime, le préfet prend un arrêt suspendant la parution des journaux socialistes de la ville : le suffrage universel et le Haro alors que ce dernier était sur le point de sortir. Le 5 décembre, rebelote, mais des rassemblements se tiennent – en petit nombre – place saint-Pierre, place saint-Sauveur et sur les quais. Des lettres personnelles sont lues en public. Le commissaire central fait disperser ses rassemblements et notent que »les rouges ont l’air animé« . Il faut dire qu’ils ont appris la mort sur les barricades à Paris de deux anciens socialistes. Le commissaire fait alors suivre Barthélémy Pont à travers la ville. Celui-ci se rend surtout dans Vaucelles où il répond aux questions posées par les habitants. La rumeur d’une manifestation aux abords de la préfecture dans la soirée enfle. Le préfet prend ses dispositions et fait placer des militaires tout autour du bâtiment. Le maire fait appeler Pont et le leader des légitimistes, M de Bourmont à la mairie pour « leur signifier que si la tranquillité publique est troublée, il sera le premier à requérir la force« . La montagne accouche d’une souris car aucun rassemblement n’a lieu devant la préfecture. Finalement, la situation reste calme dans la ville malgré les tentatives des socialistes (alors que des soulèvements se produisent dans d’autres régions françaises). Le préfet, juste avant d’être muté, peut télégraphier au ministre de l’Intérieur qu’il n’a procédé à aucune interpellation en quatre jours.

Dans la foulée de son coup d’État, Louis-Napoléon Bonaparte organise un plébiscite les 20 et 21 décembre. La ville vote majoritairement oui. L’opposition est réduite au silence. Dans son rapport du 27/28 décembre 1851, le commissaire central signale que « les démocrates sont atterrés des résultats connus du vote dans le département« .

L’attaque sur les Croix de feu en septembre 1935

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En septembre 1935, les Croix de feu organisent une célébration de la victoire de la Marne. Les sections du Calvados de l’organisation (notamment Caen, Bayeux et Aunay sur Odon) se donnent rendez-vous à Caen le 21 septembre pour se rendre dans les régions de Senlis et Meaux. Le mouvement est assez fort dans la région et ses partisans s’entassent dans près de 159 véhicules. Des militants antifascistes caennais tentent de s’organiser pour faire obstacle à ce départ groupé. Dans l’après midi du samedi 20 septembre, des tracts sont distribués dans certains quartiers de Caen et à Mondeville et Giberville signés du « front populaire » :

Alerte ! Nous apprenons que des Croix de feu s’organisent pour demain dimanche un rassemblement en région parisienne. La République doit être libérée de ce péril. Travailleurs, tenez vous prêts à répondre au mot d’ordre de nos organisations.

Par ailleurs, un mystérieux militant se rend à la Poste Gambetta pour télégraphier un message dans une commune de l’Eure « demandant au destinataire d’organiser quelque chose pour gêner ou empêcher le passage de la caravane« . La teneur du message intrigue le préposé des PTT qui en avise son supérieur. Celui-ci le transmet directement à la préfecture. L’information parvient aux oreilles des responsables des Croix de feu et Volontaires nationaux qui décident de ne pas différer leur heure de départ et de passer coûte que coûte. Le convoi part dans la nuit du 21 au 22 septembre par la route de Paris. Après deux kilomètres à partir de la demi-lune, le convoi arrive non loin du pont du chemin de fer minier. Les Croix de feu tombent sur une embuscade tendue par une douzaine de personnes dont deux femmes. Ces militants antifascistes lancent des pierres, des moellons sur les véhicules des croix de feu, les obligeant à ralentir. Des coups de feu retentissent. Le convoi continue sa route mais sa longueur fait que plusieurs dizaines de véhicules sont touchés. Le bilan fait état de 25 à 30 personnes blessées légèrement. Les propriétaires des véhicules déposent plainte.

Dès le lendemain de l’embuscade, la justice se saisit de l’affaire. Le colonel de la Rocque, chef des Croix de feu, vient à Caen le 28 septembre pour visiter les blessés dont le secrétaire départemental qui a été le plus sérieusement touché. Les premières interpellations quelques jours après. La première personne visée est un représentant en parfumerie, M. Orain, qui est le secrétaire du comité antifasciste de Caen et membre du PCF. Il reconnait devant le juge qu’il a harangué la foule lors d’un bal qui se tenait à Mondeville non loin de la route de Paris. D’autres arrestations se déroulent début octobre dont un conseiller municipal de Mondeville, M. Maurice. Face à ces arrestations, le « front populaire » organise des réunions de protestation. Le 12 octobre, une réunion importante se déroule à Mondeville sous l’égide du maire où les participants déclarent : « qu’ils mèneront l’agitation nécessaire pour imposer la libération prochaine de Maurice  et Orain auxquels ils renouvellent l’expression de leur solidarité« . Le magistrat instructeur inculpe au final douze personnes qui sont convoquées devant le tribunal correctionnel de Caen le 3 décembre 1935.

Le procès est placé sous protection, il faut montrer patte blanche pour rentrer dans l’enceinte du tribunal. Lors des débats, on apprend que dix-huit Croix de feu ont été blessées dont seulement onze se sont fait connaître et huit ont pu donné un certificat médical. Ces Croix de feu s’étaient réparties dans 159 voitures déclinées dans des groupes d’une vingtaine de véhicules. Le secrétaire du PCF de Caen est convoqué afin d’expliquer pourquoi le samedi précédant l’embuscade, il avait envoyé trois télégrammes. Celui-ci répond qu’il voulait sauver la République et qu’il avait quitté Caen pour rejoindre la capitale. Plusieurs des inculpés participaient à une tombola à Mondeville quand ils ont été harangué par Orain qui est alors désigné comme l’instigateur de l’embuscade. Les avocats des Croix de feu réclament un franc symbolique de dommages et intérêts mais des peines sévères à l’encontre d’Orain et Jean. Le procureur de la République requiert deux à cinq ans de prison pour les deux leaders et des peines légères pour les autres participants. Le jugement est mis en délibéré pour le 12 décembre.

Lors du délibéré, seul un accusé est présent. Les deux principaux leaders écopent de deux ans de prison ferme (Orain) à 18 mois (Maurice). Les autres accusés sont condamnés d’un an à trois mois de prison ferme pour les peines les plus lourdes et de quatre à deux mois de prison avec sursis pour les peines les plus légères. Le seul accusé présent lors du délibéré est relaxé au bénéfice du doute. Immédiatement après le prononcé du jugement, les avocats des accusés font appel.

Le procès en appel se déroule le 3 mars 1936 dans un contexte où les Croix de feu sont sur la sellette. 9 accusés se sont pourvus en appel. Comme lors du premier procès, Orain et Maurice sont les principales cibles des avocats des parties civiles et de l’avocat général. Orain nie avoir été présent sur les lieux tandis que Maurice affirme que les projectiles ont été lancés après les coups de feu provenant du cortège des Croix de feu. L’un des avocats de la défense estime que les accusés « ne sont pas les auteurs certains de l’agression de Mondeville et que celle ci doit être considérée comme un geste spontané de défenseurs du régime républicain« . L’avocat général plaide pour de la prison ferme pour quatre des accusés dont les deux leaders. Pour les autres, il demande du sursis ou la relaxe. La cour d’appel met sa décision en délibéré. La peine d’Orain (deux ans) est confirmée, celle de Maurice est réduite de dix-huit à douze mois ferme. Les deux autres principaux accusés voient leurs peines réduite (six mois au lieu d’un an et quatre mois au lieu de six). Les autres peines (ferme et sursis) sont confirmées.

Où placer la gare de Caen ?

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La gare de Caen telle qu’on la connaît a fait l’objet d’âpres discussions au milieu du 19e siècle sur son implantation.

La ligne Paris-Caen-Cherbourg a été concédée par l’État par une loi du 21 juin 1846 à une compagnie privée. Mais des difficultés financières empêchent la compagnie de commencer les travaux. Puis arrivent les changements de régime de 1848 et 1851 qui retardent le projet. Une nouvelle loi du 8 juillet 1852 concède la ligne à la compagnie qui exploite déjà la ligne Paris-Rouen. Le maire de Caen – François-Gabriel Bertrand – se préoccupe rapidement de la question de l’emplacement du futur « embarcadère ». La question est pour la première fois débattue lors du conseil municipal du 14 décembre 1853. Le rapporteur préconise de construire une gare voyageurs près des abattoirs municipaux (situés alors entre l’Orne et la rue d’Auge) et une garde de marchandise sur le port en prévision de l’ouverture du canal de Caen à la mer. Mais la compagnie, pour des raisons de coût, imagine une solution plus simple : une seule gare à l’ouest de la ville. Autre point de vue de la compagnie, la loi de concession stipule que les ouvrages d’art entre Caen et Cherbourg sont pris en charge par l’État. Ainsi, une gare le plus à l’ouest de la ville permet à la compagnie de substantielles économies. La mairie prend officiellement position contre le projet de la compagnie lors du conseil municipal du 25 janvier 1854. Celui-ci mandate le maire et deux délégués pour aller directement négocier avec la compagnie à Paris l’emplacement.

La compagnie met de l’eau dans son vin et propose de rapprocher sa gare de l’Orne et des abattoirs. Un concours est lancé pour désigner l’emplacement et le bâtiment à construire. Cinq projets sont retenus :

  • celui de la compagnie
  • celui de la mairie (la gare serait située au niveau de la prairie à quelques mètres du petit Cours (actuel cours général de Gaulle) avec un raccordement au port via les quais)
  • celui de l’architecte Hue (qui comprend 3 gares : voyageurs/marchandise/maritime le long de l’Orne face au grand Cours)
  • celui de l’architecte Guy (avec une gare voyageur située entre l’église de Vaucelles et la rue de Falaise et une gare marchandise sur le port)
  • celui de l’architecte Harou-Romain (la gare serait placée à l’actuel emplacement de l’espace Gardin en terminus avec des voies distinctes venant de Paris et Cherbourg)

Une commission désignée par la municipalité (mais qui ne compte que 4 conseillers municipaux) rend un avis favorable au projet de la mairie le 8 avril 1853. La compagnie tente alors un coup de poker : elle prévient par courrier, le 4 mai 1854, qu’elle n’a plus l’intention de traverser la ville ni de construire une gare dans la ville ! Le préfet du Calvados intervient alors dans le débat, il prend un arrêté le 29 mai pour instituer une commission d’enquête pour l’établissement de la station de Caen. Les registres de l’enquête sont ouverts aux Caennais du 5 au 14 juin 1854. C’est le projet Harou-Romain qui obtient la majorité des suffrages (75% des signataires). En deuxième position arrive celui de la mairie (17,58%). C’est un nouveau camouflet pour la compagnie. Sur des critères purement financiers, la commission d’enquête ne retient que deux projets : celui de la compagnie et celui de la mairie. Le maire fait habilement remarquer que le coût du projet de la compagnie est plus élevé pour l’État car la gare est située à l’ouest de la ville… La compagnie cède et propose de placer la gare près des abattoirs car les travaux doivent commencer au plus vite…il ne reste qu’un an avant l’ouverture théorique de la ligne !

Le 10 juillet 1853, la commission d’enquête reçoit le président de la compagnie, M. Chasseloup-Laubat ainsi que ses ingénieurs dont le célèbre William Locke. Les ingénieurs s’expriment en premier et font une critique systématique de tous les projets proposés en indiquant les coûts réels de chacun. Ils terminent en proposant de se baser sur les plans imaginés en 1845 par les ingénieurs du département : deux gares distinctes situées près des abattoirs dont la gare marchandise serait reliée au port par un pont tournant sur l’Orne. M. Chasseloup-Laubat propose ensuite à la commission de se baser aussi sur les projets de 1845 en indiquant que la compagnie veut bien prendre en charge la construction du pont tournant et de la gare à hauteur de 75 000 francs. La commission n’est pas entièrement satisfaite des propositions de la compagnie et refuse de se prononcer. Le conseil municipal du 11 juillet est décisif pour la décision finale. Il commence par rejeter les conclusions de l’enquête municipale et amende donc le projet de la compagnie : la libération d’une bande de 100 mètres entre l’Orne et la gare et la prise en charge par la compagnie du pont et de la voie qui mène au port. 19 conseillers municipaux sur 30 adoptent ce projet modifié de la compagnie. La gare sera bien implantée là où elle se trouve actuellement !

A la fin de l’année 1854, des ingénieurs des ponts et chaussées sont aperçus dans Vaucelles, ils interviennent sur commandement du ministre des travaux publics. Ce dernier prend sa décision le 11 janvier 1855 et valide celles de la commission d’enquête et de la mairie. Il faut maintenant faire vite car l’ouverture est prévue pour la fin de l’année. Les travaux ont tellement pris de retard que le premier train qui arrive de Paris le dimanche 18 novembre 1855 s’arrête à la station « Caen-Mondeville » (située en à cheval entre Caen et Mondeville, route de Paris). Le train inaugural de la ligne arrive le 23 décembre dans la même gare.

Les travaux de la gare définitive commencent seulement au début de l’année 1857, les bâtiments étant terminés au mois de juin de cette même année. Elle entre en fonction le 1 juillet 1857. Bien qu’étant déjà entrée en fonction, la gare n’est toujours pas officiellement inaugurée. Napoléon III décide de construire une statue en l’honneur de son oncle à Cherbourg, la mairie utilise ce prétexte pour inciter le couple impérial à s’arrêter à Caen et à inaugurer la gare. Le 3 août 1858 à 17h, le couple impérial arrive en gare de Caen par un train spécial. 101 coups de canons sont tirés en leur honneur depuis la prairie. Pour l’occasion, la gare est redécorée avec des outils utilisés pour la construction de la voie. Les salles d’attentes sont reconverties en un salon de réception avec des étoffes, des arbustes et les emblèmes impériaux. Le couple impérial dort à Caen puis reprend le train pour Bayeux le lendemain à midi pour ensuite se diriger vers Cherbourg.

L’affaire du pont saint-Pierre

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Le pont Saint-Pierre est construit au XIVè siècle afin de relier le quartier du château et l’ilot saint-Jean et de passer au dessus de l’Odon. Son premier nom est pont du Darnétal à l’instar de l’église près de laquelle il est situé : saint-Pierre du Darnétal (appelée communément église saint-Pierre). La première trace écrite de l’existence du pont remonte au siège de 1346. Il supportait alors le châtelet, l’équivalent de l’hôtel de ville jusqu’en 1755. Depuis, le pont est habité. Sur ce plan daté de 1705, il apparaît au centre de la ville, à l’indication « maison de ville ».

Plan Caen 1705

Plan de Caen en 1705

Sous le Second Empire, le maire de la ville – François-Gabriel Bertrand, décide de couvrir l’Odon qui passe sous le pont. Celui-ci veut – à l’image du baron Haussmann à Paris – s’attaquer aux problèmes d’hygiène. Première mesure, la canalisation de la rigole alimentaire. Cette rigole – autrement appelée la Noë – se sépare de l’Orne avant la prairie, la traverse, longe la place de la préfecture, le théâtre, les rues de Bernières, des Sables et des petits murs (voir le plan ci-dessus). Cette canalisation entraîne la destruction du pont saint-Pierre. Les travaux débutent en mars 1860. Le 16 de ce mois, le préfet du Calvados prend un arrêté pour la destruction du pont : »les détenteurs, les locataires et autres particuliers qui occupent à quelque titre que ce soit les maisons et magasins bordant le pont saint-Pierre et dépendant du domaine public, sont sommés de sortir de ces bâtiments et d’enlever tous leurs meubles et marchandises avant le 25 juin 1860« . A partir du 17 avril 1860, les eaux de la Noë sont détournées en amont du pont. Finalement, le délai est repoussé au 25 août car les travaux ne peuvent commencer avant le 26 août. Cet avis d’expulsion est diversement apprécié des riverains, notamment des commerçants. L’un deux, qui tient une boutique de lingerie, affiche sur sa devanture l’inscription : « Vente au grand rabais pour cause de prochaine destruction » comme le remarque le journal l’Ordre et la Liberté du 7 avril 1860. D’autres habitants refusent de quitter le pont et le conseil municipal autorise le maire à traiter avec eux pour l’obtention de leur habitat. Les maisons acquises sont détruites après la publication d’un arrêté municipal le 30 novembre 1860. A partir du 3 décembre de la même année, la circulation est provisoirement interdite sur le pont. Toutefois, les travaux prennent du retard car plusieurs habitants refusent de quitter leur habitation.

En mai 1861, le maire est obligé d’utiliser la justice pour faire expulser les derniers récalcitrants. L’un d’eux, M. Guérard Deslauriers est celui qui se défend le plus. Il habite la maison de l’ancien horloger de la ville qui était située dans le châtelet et veut être bien indemnisé pour la perte de son mobilier commercial. Il s’attaque alors à la municipalité par voie de presse dans l’édition du 13 juin 1860 de l’Ordre et la Liberté. A son tour, la municipalité répond dans le même journal le 20 juillet. Le salut de la mairie vient du ministre des Travaux Publics qui dans une lettre du 9 août 1861 ordonne à l’ingénieur en chef des travaux de procéder à la démolition de la maison mise en cause. Les travaux débutent réellement qu’au dernier trimestre de l’année 1861 et se terminent en 1863. Finalement, la ville et l’intéressé arrive à une transaction…en juillet 1865 !

L’affaire a des prolongements politiques aux élections municipales de 1865. M. Guérard Deslauriers est présent sur liste d’opposition au maire François-Gabriel Bertrand mais il n’arrive pas à se faire élire au conseil municipal.

Rue des Petits Murs

Rue des Petits Murs avec au fond le pont saint Pierre

Un club oublié, l’Olympique caennais

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Durant les années 20, un nouveau club sportif fait son apparition à Caen :  l’Olympique caennais. Sa genèse démarre en juillet 1923 alors que le conseil général cherche à attribuer la location du tout nouveau stade départemental – dit stade Hélitas – à une société sportive. Plusieurs clubs sportifs de la ville sont sur les starting-blocks :  le Stade Malherbe et la société de gymnastique et de tir (présidée par l’adjoint au maire André Détolle) sont les favoris. Mais une nouvelle société sportive fait son apparition, l’Olympique caennais. Elle est le fruit d’une scission de la Société Sportive des chantiers navals (situés à Blainville). Son président est M. Rapahel, le conseiller général de Cagny. Alors qu’elle n’est pas encore reconnue en préfecture, le nouveau club fait circuler des papiers à en-tête avec l’adresse du stade comme siège. Cela ne plaît pas du tout au comité qui gère le stade Hélitas qui fait paraître un avis dans la presse :

La commission du stade départemental et le préfet du Calvados font savoir que le stade n’est et ne saurait  être exclusivement réservé à aucune société particulière. Ils opposent un démenti formel à toute association sportive qui donnerait son adresse à celle même du stade départemental. La commission et M. le préfet déclarent, une fois de plus, que le terrain sera ouvert à toutes les sociétés d’éducation physique.

Sur ces mêmes papiers à en-tête, on peut lire sous le nom Olympique Caennais l’indication « ancienne Union Sportive des Chantiers Navals Français ». Ce sous-titre disparaît rapidement. Les services préfectoraux enregistrent les statuts du nouveau club à la fin du mois d’août 1923. Il compte alors trois sections : le football, le basket et le rugby. Plus tard, des sections natation, éducation physique et athlétisme sont ouvertes. Il élit domicile au pavillon des sociétés savantes rue Daniel Huet. Ses couleurs sont rouge et or. Et comme l’avait annoncé le préfet, le club dispute ses matchs au stade départemental.

Ouest Éclair, 31 août 1923

Ouest Éclair, 31 août 1923

Le premier match que dispute le nouveau club concerne le rugby. Le dimanche 23 septembre, le quinze sang et or rencontre l’équipe réserve du prestigieux Racing Club de France. Le match se termine par une défaite 26 à 11 face à des Parisiens plus expérimentés. L’équipe de football est engagée dans le championnat de deuxième série de Basse-Normandie. Faute de joueurs suffisants, l’équipe fait appel à des joueurs de l’Association Sportive Normalienne Caennaise (ASNC) – des élèves maîtres de l’école normale. Il lui faut deux saisons avant de monter en première série, le plus haut niveau d’alors. Ainsi, les premiers derby caennais font leur apparition. Le 25 octobre 1925, l’Olympique reçoit son voisin du Stade Malherbe Caennais. Le match se solde par un nul (2-2). Au match retour, la supériorité des stadistes est flagrante et ils remportent la partie facilement par 5 buts à 1. Le club se maintient à ce niveau pour la saison suivante. Celle-ci est marquée par le match qui oppose l’Olympique à la Stella de Cherbourg. Le match est gagné par l’Olympique mais la Stella porte réclamation pour incompétence de l’arbitre ! Le district du Calvados casse le résultat et donne la victoire aux Cherbourgeois. Or, ceux-ci sont les dauphins du Stade Malherbe au classement et cette victoire sur tapis vert lui permet de prendre la première place. L’affaire ne se termine pas là. L’Olympique est bien déterminée à faire reconnaître sa victoire sur le terrain, elle porte l’affaire devant la ligue de Normandie de football. Celle-ci rétablit la victoire de l’Olympique mais la Stella porte à son tour l’affaire devant la commission des status de la fédération française de football. Après consultation des procès verbaux du match, l’Olympique est définitivement déclarée vainqueur de la Stella de Cherbourg…3 mois après la fin du match.

On connaît peu la fin de cette société sportive. Ses équipes sont encore engagées dans les championnats 1932-1933 puis le club cesse ses activités d’un coup.

Ouverture

Cela me trottait dans la tête depuis quelques mois d’ouvrir un blog sur l’histoire de notre belle cité. A force de passer des heures à compulser des archives, il fallait bien que je redistribue le fruit des mes recherches. C’est ainsi qu’un dimanche pluvieux – comme il y en a souvent dans nos contrées – que ce blog est né.